Article · Finance & statistiques
Dibao : cibler le besoin ou le gain attendu ?
Une étude de l'allocation de l'aide sociale chinoise sépare priorités des ménages et gains prédits.

Quand les places d'un programme social sont limitées, faut-il sélectionner les ménages qui en ont le plus besoin ou ceux qui devraient en tirer le plus grand bénéfice ? Haojie Liu, Jiyuan Ling et Zihan Lin examinent cette tension dans le programme chinois Dibao, le dispositif de garantie d'un niveau de vie minimum.
Une décomposition de la sélection
À partir de données longitudinales de la China Household Finance Survey, les auteurs estiment des gains hétérogènes de l'aide sur la consommation et les dépenses d'éducation. Ils les confrontent ensuite à l'entrée effective dans Dibao afin d'identifier les priorités conditionnelles révélées par la sélection des bénéficiaires.
Le modèle complet reproduit 29,1 % des bénéficiaires observés lorsque la capacité locale est maintenue fixe, contre 16,6 % pour une allocation aléatoire dans les marchés locaux. Mais la composante « gains prédits » explique peu l'amélioration du classement. Une décomposition de Shapley attribue 96,9 % de l'amélioration aux priorités liées aux caractéristiques des ménages, contre 3,1 % aux gains prédits.
Les directions sont stables dans 27 des 40 spécifications de valeur des résultats compatibles avec les données : un revenu plus faible, un chef de ménage moins diplômé et la présence de personnes âgées sont associés à une priorité plus élevée. Dans la contre-factuelle principale, supprimer les différences de priorité tout en conservant les paramètres de gains et le nombre de places ne laisse que 10,9 % de recouvrement avec les bénéficiaires observés, soit 89,1 % de renouvellement des bénéficiaires.
Lecture éditoriale
Le résultat ne dit pas que Dibao est optimal, ni que les priorités observées constituent une règle normative à reproduire. Il montre plutôt que cibler sur les effets prédits ne serait pas une simple amélioration technique du ciblage actuel : ce serait un changement de principe d'allocation. La distinction entre besoin et impact devient particulièrement importante lorsque les données disponibles ne mesurent qu'une partie de la valeur sociale d'une aide.
Limites
Les gains sont conditionnels aux variables observées et les paramètres de valeur des résultats sont faiblement identifiés. Parmi 1 768 combinaisons de paramètres étudiées, 603 appartiennent à la région soutenue à 5 % ; le recouvrement du modèle complet varie alors de 14,3 % à 31,7 %. Le chiffre de 89,1 % décrit une divergence de classement, pas une perte de bien-être. Les résultats ne permettent pas non plus d'inférer directement les intentions des autorités ou l'équité normative du programme.